David Tofinos était vigneron. Il l'est toujours, sur quinze hectares à Baixas et Pézilla-de-la-Rivière, dans les Pyrénées-Orientales. Mais à force de voir ses vignes avoir soif, il a cherché ce qui pousserait quand même.En 2019, il plante du thym. En 2021, du tea tree, à partir de semences rapportées d'Australie. Depuis, il récolte en Roussillon une plante que personne n'imaginait cultivable ici.Ses huiles essentielles et ses hydrolats viennent tous de ses propres parcelles, en agriculture biologique. C'est aussi rare que cela en a l'air.
Un vigneron qui regarde ses vignes avoir soif
Quinze hectares entre Baixas et Pézilla-de-la-Rivière, au nord de Perpignan. De la vigne, surtout, qui reste l'activité principale. Un hectare de figuiers. Et, depuis quelques années, près de deux hectares de plantes aromatiques.
Ces deux hectares racontent une histoire que beaucoup de paysans du Sud connaissent par cœur. Les étés s'allongent, les pluies se font attendre, et un jour il faut se demander ce qu'on cultivera dans dix ans.
David Tofinos aurait pu attendre. Il a préféré chercher. Autodidacte, il a commencé par planter du Thymus vulgaris à thujanol en 2019, une plante recherchée en aromathérapie et sobre en eau. Puis il a regardé plus loin, beaucoup plus loin.
Le point de départ : chercher des plantes qui tiennent debout quand il fait chaud et qu'il ne pleut plus.
Ce que nous cherchions sans le trouver
En aromathérapie, la question de l'origine se pose à chaque flacon. L'écrasante majorité des huiles essentielles vendues en France vient d'ailleurs, parfois de très loin, et passe par plusieurs mains avant d'arriver sur une étagère.
Le tea tree en est l'exemple parfait. Il pousse en Australie, il voyage seize mille kilomètres, et personne ne peut vous dire qui l'a coupé. Nous le vendons depuis toujours, parce que c'est une huile dont nos clientes ont l'usage, et chaque fois nous nous sommes dit que c'était bien loin.
Ce que nous cherchons, chez un producteur, tient en trois questions. Qui a planté ? Qui a récolté ? Qui a distillé ? Quand les trois réponses tiennent dans un seul nom, nous écoutons.
Des graines d'Australie plantées en Roussillon
En 2020, David Tofinos fait venir des semences de Melaleuca alternifolia. Il les plante l'année suivante. L'affaire est loin d'être gagnée : l'arbre à thé réclame plus de trente degrés pour s'épanouir, et il redoute le gel dès moins quatre. Il faut donc apprendre quand tailler, comment tailler, et surtout ne pas le faire avant l'hiver.
Il apprend. Il essaie la taille en buisson, en double rang, en port élancé. Il cherche comment mécaniser une récolte que personne, ici, n'a jamais mécanisée. Aujourd'hui, il coupe trois fois par an, en juin, en août et en septembre.
Et il continue. En 2024, il a planté des arganiers avec cinq confrères agriculteurs, et met du manuka à l'essai. Des laboratoires se sont manifestés, et il dit lui-même qu'il ne pourra pas répondre seul à la demande.
C'est peut-être le plus intéressant dans son histoire. Il ne cherche pas à protéger une exclusivité, il cherche à ouvrir une voie pour les autres.
De la parcelle au flacon
Toute la matière première sort de ses parcelles. Aucune plante achetée, aucun mélange, aucun complément d'ailleurs pour arrondir un volume.
La distillation, il la confie à des distillateurs en qui il a confiance, parce qu'il préfère un alambic bien mené à un alambic qui lui appartiendrait. C'est un choix que nous comprenons : mieux vaut un bon artisan qu'un mauvais équipement.
Chaque lot peut faire l'objet d'une analyse chromatographique, sur simple demande. C'est l'examen qui donne la composition biochimique exacte d'une huile essentielle, molécule par molécule. Peu de producteurs la proposent spontanément, et c'est pourtant la seule façon de savoir ce que contient vraiment un flacon.
L'ensemble est conduit en agriculture biologique.
Le principe : une seule main depuis la graine jusqu'à la récolte, et une analyse disponible pour chaque lot.
Ce qu'il cultive
Une gamme courte, construite autour de ce qui pousse chez lui.
Le tea tree (Melaleuca alternifolia), bien sûr, sa signature, et sans doute la seule huile essentielle de tea tree française que vous croiserez.
Le thym à thujanol (Thymus vulgaris CT thujanol), le plus doux des thyms et l'un des plus recherchés, celui par lequel tout a commencé.
Le géranium rosat (Pelargonium graveolens), à l'odeur de rose et de menthe, qui aime la chaleur sèche du Roussillon.
Le romarin à verbénone (Rosmarinus officinalis CT verbénone), le chémotype le plus délicat du romarin.
Le cyprès de Provence (Cupressus sempervirens), droit comme une quille au bord des parcelles.
La verveine citronnée (Aloysia citriodora), dont l'odeur suffit à ouvrir une fenêtre dans une pièce fermée.
Les mêmes plantes donnent ses hydrolats, cette eau de distillation chargée des molécules aromatiques, bien plus douce que l'huile essentielle et plus facile à vivre au quotidien.
Une flore française qui s'élargit
Nous défendons la flore française. On pourrait nous objecter qu'un arbre australien n'en fait pas partie, et ce serait une question légitime.
Voici notre réponse. Ce qui compte n'est pas le lieu de naissance d'une plante, c'est l'endroit où elle pousse et la main qui la récolte. Un tea tree semé, planté, taillé et coupé dans les Pyrénées-Orientales parcourt huit cents kilomètres pour arriver chez nous. Le même, venu du Queensland, en parcourt seize mille et change six fois de propriétaire.
Il y a autre chose, et c'est peut-être ce qui nous a décidés. Ces plantations disent quelque chose de ce qui arrive à l'agriculture du Sud. Dans dix ans, une partie de ce que nous vendrons poussera dans des endroits où personne ne l'imaginait. Autant accompagner ceux qui s'y préparent aujourd'hui plutôt que de le constater plus tard.
Ce qui compte : pas l'origine botanique d'une plante, mais le sol où elle pousse et la main qui la coupe.
Ce que nous avons vérifié, et ce qui nous relie
La culture est certifiée biologique. La matière première vient exclusivement de ses parcelles. L'analyse chromatographique est disponible sur demande pour chaque lot. Son travail est documenté depuis plusieurs années par la presse agricole du Roussillon.
Au fond, il nous ressemble sur trois points. Il a changé de métier, ou plutôt il en a ajouté un, parce que le monde a changé autour de lui. Il préfère montrer ce qu'il fait plutôt que le promettre. Et il travaille à plusieurs, avec cinq confrères sur les arganiers, parce qu'une filière ne se construit pas seul.
C'est la définition que nous donnons au mot partenaire.
Questions fréquentes
Existe-t-il du tea tree cultivé en France ?
Oui, et c'est très récent. David Tofinos a importé des semences d'Australie en 2020 et planté ses premiers Melaleuca alternifolia en 2021, dans les Pyrénées-Orientales. À notre connaissance, c'est l'une des rares productions françaises de cette plante.
Où sont cultivées ces plantes aromatiques ?
À Baixas et Pézilla-de-la-Rivière, dans les Pyrénées-Orientales, en Occitanie. La totalité de la matière première provient de ces parcelles, en agriculture biologique.
Qu'est-ce qu'une analyse chromatographique ?
C'est l'analyse qui détaille la composition biochimique d'une huile essentielle, molécule par molécule. Elle permet de vérifier qu'une huile correspond bien à ce qu'annonce son étiquette. Chaque lot peut en faire l'objet sur demande.
Quelle différence entre une huile essentielle et un hydrolat ?
Les deux sortent du même alambic. L'huile essentielle est la fraction aromatique concentrée, l'hydrolat l'eau de distillation qui a traversé la plante. Beaucoup plus doux, l'hydrolat s'utilise au quotidien et convient à un public plus large.
Pourquoi cultiver des plantes exotiques en France ?
Parce que le réchauffement rend possibles des cultures impensables il y a dix ans, et parce que les plantes méditerranéennes et australiennes demandent peu d'eau. Pour un vigneron confronté à la sécheresse, c'est une diversification qui tient debout.
Pourquoi M'Aimer Dans Les Orties a choisi ce producteur ?
Parce qu'il plante, récolte et maîtrise tout ce qu'il vend, sans intermédiaire. Parce qu'il propose l'analyse de ses lots. Parce qu'il travaille en bio. Et parce qu'il répond à une question que nous nous posions depuis longtemps sur l'origine des huiles essentielles.
Où trouver ces huiles essentielles et ces hydrolats ?
Dans nos herboristeries de Pau et d'Orthez, ainsi que sur notre boutique en ligne.
Sources
- Aroma'teas, site du producteur, 2026
- Joseph Jourda, « Baixas : David Tofinos, un précurseur, de l'Australie au Roussillon, la culture du tea tree s'invite », Ouillade, 2 février 2024
- CIVAM Bio 66, annuaire des producteurs biologiques des Pyrénées-Orientales
Ces conseils ne se substituent pas à un avis médical.